Papy
C'est avec nostalgie que je regarde mes photos d'enfance...tu étais beau, élégant et bienveillant. J'étais ton unique petite fille, tu m'as vu grandir, je t'ai fait courir.
En grandissant je me suis éloignée, l'age con, on ne s'est plus toujours compris, je n'étais plus une petite fille, je ne venais plus si souvent et je regrette tellement, maintenant c'est trop tard... Je n'ai pas toujours été tendre je ne réalisais pas à quel point tu étais précieux, à quel point la vie est précieuse, à quel point elle est courte, je m'en veux, les larmes coulent sur mes joues à ce moment précis où j'écris ces lignes en ta mémoire...j'aurais du être plus présente et plus agréable, quelle connerie l'adolescence. On ne s'est pas compris, tu n'as pas toujours été tendre avec moi, tu m'as lancé quelques petites « piques », mais maintenant je sais que ce n'était pas méchant, juste de la maladresse. Aujourd'hui c'est avec tendresse, regrets et douleur que je tourne les pages de mes souvenirs avec toi.
Petite, J'ai passé beaucoup de temps avec toi, des moments d'insouciance qui se sont gravés en moi à jamais. Quand tu me faisais cueillir des cerises au cerisier du jardin, que tu me montrais ton potager, que tu m'amenais au « bistrot » avec toi et que tu m'achetais des espèces de grandes baguettes au pavot, je n'ai jamais retrouvé ces fameuses baguettes au goût inégalable, toujours présent dans ma mémoire. Un peu plus grande je passais mes vacances avec toi, on allait écumer tous les lacs de la région, tu aimais te baigner et nager, je me souviens de ton pied sans orteils, on allait à l aguinguette manger des mars glacés, tu faisais des mots fléchés, tu adorais la zappette, tu augmentais le son de la télé quand on parlais, tu ne voulais surtout pas rater question pour un champion, tu voulais encore m'emmener au bistrot mais je refusais, je m'en veux, c'était devenu ton seul plaisir et je ne l'ai pas partager avec toi, je sais aujourd'hui que je te faisais de la peine à dire non, je ne voulais pas t'accompagner. Je m'en veux.
Tu vivais alors dans tes souvenirs, tes souvenirs d'enfance, marqués par la guerre, ton refuge en suisse, tes souvenirs de voyages, tu as littéralement parcouru le monde, tu as monté des machines dans tous les pays du monde, ça a rythmé ta vie. Tu étais donc souvent absent pour ta famille, tu te souvenais de tous tes voyages, de toutes les langues que tu parlais et à chaque repas tu nous racontais tes péripéties. Je m'en veux de ne pas t'avoir écouté avec plus d'attention, bien souvent je n'écoutais que d'une oreille je ne savait pas où tu voulais en venir, je m'en veux, tu vivais avec tous ces souvenirs qui aurait pu être si intéressant et instructif pour moi. Tu prenais plaisir à relater tes « histoires » j'aurai dû plus écouter, je pensais que j'avais encore le temps d'entendre tout ça, je pensais que tu pourrais encore me les raconter.
Aujourd'hui je sais que malgré les apparences, tu étais bienveillant, tu étais un époux amoureux, tu laisse une femme qui se sent si seule, tu t'en ai préoccupé jusqu'au dernier jour, je n'ai pas été la, je ne sais pas si tu as pensé à moi, je pense à toi aujourd'hui, j'ai si mal, ça fait si mal de t'imaginer seul dans ton lit cette nuit là.
Pour se consoler les gens disent que c'est ce qui pouvait arriver de mieux, on ne peut pas s'en vouloir, on devrait même se réjouir que ça se soit passé comme ça, que tu as eu une vie très bien remplie, je suis désolé mais moi je ne peux pas, ça a tellement été un choc, une telle surprise, je suis sûre que ce n'étais pas ton heure, pas déjà...je suis dépitée et révoltée.
Aujourd'hui je pleure mes souvenirs d'enfance ensoleillée et je pleure mon attitude des dernières années, j'ai l'impression de ne pas t'avoir fait voir que je t'aimais, chose que je n'ai jamais dite et jamais montrée...je regrette que tu sois parti sans le savoir. Papy je t'aime.
Par Céline, Vendredi 7 Mars 2008 à 22:36 GMT+2 dans Ma rubrique (article, RSS)




